L’Afghanistan deviendra-t-il le Vietnam version 2 ?

par le Dr. Matin Baraki.

Préliminaires historiques

Suite à la disparition du communisme proprement dit, un écrivain au service du système capitaliste (sorti victorieux de la guerre froide) annonça qu’on assistait à la « fin de l’histoire », alors que le représentant le plus haut placé des États-Unis, George Bush senior, proclamait l’avènement du nouvel ordre mondial au terme de la guerre menée par les États-Unis contre l’Irak au début de l’année 1991. Dans le cadre de la stratégie du Grand Moyen-Orient (GME) prônée par les néoconservateurs entourant George W. Bush, Dick Cheney, Paul Wolfowitz et Donald Rumsfeld, toute la région du Moyen-Orient, du Caucase à l’Afrique du Nord et de là au Bangladesh et à l’Hindou Kouch, devait être placée sous le contrôle des États-Unis. Les attentats du 11 septembre 2001 à New York constituèrent ainsi l’occasion idéale pour mettre en œuvre la stratégie GME.

Alors que le régime taliban était isolé aux niveaux national, régional et international, les avions de chasse américains ont commencé à bombarder l’Afghanistan le 7 octobre 2001. Après avoir éliminé le régime des Talibans en quatre semaines, les unités américaines sont passées à l’Irak dès le début de 2003. Dans cette zone, la guerre était encore en plein essor lorsque les Talibans revinrent, plus vigoureux que jamais, en Afghanistan.

Cependant les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ne sont jamais parvenus à venir à bout des Talibans, même en déployant jusqu’à 150 000 soldats sur le terrain. Entre 2001 et 2014, la guerre a coûté, à son apogée, 1,5 milliard de dollars par semaine. Abstraction faite des 2 500 soldats américains tombés au champ d’honneur, ce n’était plus viable financièrement sur le long terme. Selon un document daté du 22 mars 2021 publié par le Statista Research Department, on parvient à un chiffre total de 3 596 soldats de l’alliance occidentale morts en Afghanistan entre les années 2001 et 2020. Les États-Unis ont dû reconnaître les limites de leurs capacités militaires et accepter la défaite.

La stratégie de la GME dans les montagnes de l’Hindou Kouch s’en est également trouvée bouleversée. Ce n’est qu’ensuite qu’ils ont commencé à négocier avec les Talibans à Doha, tout d’abord secrètement pendant de longues années, puis très officiellement pendant deux ans, avant de signer un accord en février 2020. Dans ce document, les États-Unis ont convenu de retirer leurs troupes d’Afghanistan d’ici la fin du mois d’avril 2021. Ainsi, les Talibans ont, sur le plan diplomatique, littéralement roulé dans la farine les États-Unis, dont la reddition a été scellée par un traité. En guise de consolation, les Talibans « se sont, dans une annexe secrète à l’accord américano-taliban de février 2020, engagés à protéger les bases militaires étrangères contre les attaques d’autres groupes activistes », ce qu’ils ne sont guère en mesure de faire. Néanmoins, en janvier 2021, le négociateur taliban Sher Mohammad Abbas Stanikzaivoulait donner l’impression « d’octroyer un passe-droit à une force d’invasion étrangère ».

Les manœuvres de Joe Biden

Dans un premier temps, le nouveau président américain Joe Biden remit en cause le retrait programmé jusqu’à la fin avril 2021 par son prédécesseur Donald Trump. Et peu après son entrée en fonction, il ordonna une révision de l’accord. Son objectif était de discuter avec les Talibans d’un report afin d’être autorisé à rester « un peu plus longtemps » dans l’Hindou Kouch. « Il est pratiquement impensable de procéder au retrait de plus de 10 000 soldats sur une période de six semaines », déclara le 24 mars 2021 Adam Smith, président de la commission des forces de sécurité de la Chambre des Représentants des États-Unis. À l’issue d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, annonça : « Il n’y a toujours pas de décision arrêtée […]. Pour l’instant, toutes les options restent ouvertes ». En outre, un retrait d’ici la fin avril, comme la précédente administration américaine en avait convenu avec les Talibans, ne pouvait être garanti, ne fût-ce que pour des raisons logistiques. Nous « déciderons ensemble » de quitter l’Afghanistan « lorsque le moment sera venu », déclara un représentant de l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN à Bruxelles. Le 29 mars 2021, le président Biden a rappelé qu’il ne voulait pas se soumettre à des pressions en raison de l’échéance convenue. Il a toutefois ajouté qu’il ne pouvait pas non plus envisager de maintenir encore le stationnement des soldats américains dans l’Hindou Kouch, l’année prochaine. « Nous allons partir. La question est de savoir quand nous partirons », a souligné M. Biden.

Les Talibans insistent néanmoins pour que les États-Unis respectent l’accord de février 2020. Le porte-parole des islamistes a déclaré sur Twitter que si l’administration Biden ne se conformait pas à l’accord, cela « aggraverait certainement les problèmes, et ceux qui n’ont pas respecté l’accord en seront tenus pour responsables ». Comme chaque année, les Talibans ont annoncé leur offensive de printemps dans le but de forcer les États-Unis et l’OTAN à se retirer dès cette année. Mais cela équivaudrait à une expulsion de facto de la première puissance mondiale de l’Hindou Kouch, et rendrait difficilement possible un désengagement organisé des forces armées des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan. Cela risquerait de « ressembler davantage à une fuite », a déclaré Marie-Agnès Strack-Zimmermann, membre du FDP chargée de la défense. C’est précisément le scénario que les États-Unis veulent éviter à tout prix. Il ne doit pas y avoir de second Saïgon.

Le président américain Biden a bien dû réaliser, nolens volens, que les États-Unis n’avaient plus la moindre perspective en Afghanistan et a ordonné le 13 avril 2021 le retrait de ses soldats pour septembre 2021, comme le rapporte le Washington Post. D’ici le 11 septembre, toutes les unités américaines doivent être retirées sans condition de l’Hindou Kouch et ce, sans la moindre contrepartie de la part des Talibans. « Il est temps de mettre fin à la plus longue des guerres américaines. Il est temps que les soldats américains rentrent à la maison », a souligné le président Biden. Il a souligné qu’il était le quatrième président sous le mandat duquel des forces armées américaines étaient engagées dans un conflit en Afghanistan. « Je ne transmettrai pas cette responsabilité à un cinquième président » Il n’est guère possible, a souligné M. Biden, de prolonger l’effort de guerre « dans l’espoir qu’à un moment donné, les circonstances seront favorables à un retrait idéal ». En effet, il n’y aura jamais de « conditions idéales » pour le faire.

Ainsi, même un perdant peut exprimer sa défaite d’une manière qui le réconforte. « La défaite de l’Occident est si totale que les Talibans n’ont même plus besoin de participer à des simulacres de négociations de paix. Désormais, les forces armées étrangères partent pratiquement la tête basse ». Aucune cérémonie d’adieu n’a été programmée pour les 10 000 soldats de l’OTAN et les 1 100 soldats de la Bundeswehr. Le retrait des unités de l’OTAN d’Afghanistan a officiellement commencé le 1er mai 2021.

Mais que vont devenir les mercenaires étrangers qui opèrent en Afghanistan pour le compte de la Central Intelligence Agency (CIA) américaine et d’autres services de renseignement de l’OTAN ? Assadullah Walwalgi, expert en affaires militaires à Kaboul, estime qu’il y a environ 40 000 mercenaires sous contrat avec une cinquantaine de sociétés militaires différentes, principalement américaines, qui sont là pour « faire le sale boulot ». Or, à ce jour il n’a jamais été fait mention de leur départ ou de leur retrait.

« On rentre ensemble, on ressort ensemble ! »

Ce slogan employé par la ministre fédérale de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, est bien plus qu’une contre-vérité : « La vérité est quelque chose de si précieux que les politiciens ne l’utilisent qu’avec beaucoup de parcimonie ». En effet, depuis l’annexion de la République démocratique allemande (RDA), la classe politique et militaire allemande nourrit à nouveau des ambitions de grande puissance. C’est ce qui ressort clairement des lignes directrices relatives à la politique de défense relatives au portefeuille du ministre fédéral de la Défense des 26 novembre 1992, 21 mars 2003 et 18 mai 2011, ainsi que des livres blancs de 2004 et 2006 sur la politique sécuritaire de l’Allemagne tout comme sur la situation et l’avenir de la Bundeswehr. Les limites de la défense allemande ne sont plus celles prescrites par la Loi fondamentale (art. 87a) – son domaine opérationnel s’est étendu au monde entier.

Il convient de rappeler le discours prononcé le 26 avril 1997 à l’hôtel Adlon de Berlin par Roman Herzog – qui était alors Président de la République fédérale d’Allemagne – discours dans lequel il évoquait avec insistance les ambitions de l’Allemagne en tant que grande puissance : « Une formidable compétition mondiale est en marche: la redistribution des marchés mondiaux est en pleine évolution, tout comme les perspectives de prospérité au XXIe siècle. C’est dès maintenant que nous devons commencer à rattraper le temps perdu ».

Une fois de plus, et ce pour la troisième fois, l’Afghanistan a été considéré comme un échiquier sur lequel se jouaient les ambitions mondiales de l’Allemagne. Cela dit, il fallait encore attendre l’occasion propice et le 11 septembre 2001 a été un excellent prétexte. S’il n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Le chancelier Gerhard Schröder (SPD) a annoncé la solidarité sans restriction de l’Allemagne avec les États-Unis d’Amérique. C’est dans ce contexte qu’on a pour la première fois utilisé le « principe de l’alliance », conformément à l’article 5 du traité de l’OTAN. « Il convient également de ne pas le perdre de vue : ce n’est pas l’Allemagne qui a poussé l’OTAN en 2002 à placer l’Afghanistan sous son contrôle. C’était le gouvernement Schröder/Fischer », a expliqué Klaus Naumann, ancien inspecteur général de la Bundeswehr. Cela ouvrait la possibilité à la classe politique et militaire allemande de participer à la guerre contre l’Afghanistan. La militarisation de la politique étrangère allemande a créé les bases nécessaires à la formule choc de Peter Struck, le ministre fédéral social-démocrate de la Défense, suite à l’adoption au printemps 2003 des lignes directrices de la politique en matière de défense : « L’Allemagne sera défendue dans l’Hindou Kouch », une phrase qui a fait l’objet de maintes citations. « Cette phrase est l’une des plus débiles de l’histoire allemande depuis l’après-guerre », a observé Heribert Prantl, à l’époque chef du département de politique intérieure de la Süddeutsche Zeitung. La déclaration de M. Struck est également parfaitement fallacieuse car les visées des Talibans sont uniquement régionales. Ce ne sont pas des terroristes internationaux et « ils ne cherchent pas à attaquer Hambourg ni New York ». « L’engagement » militaire de l’Allemagne dans l’Hindou Kouch a, d’une part, remilitarisé la politique étrangère allemande et, d’autre part, ouvert la voie par le biais de l’Afghanistan aux futures opérations de la Bundeswehr dans le monde entier.

Au cours de son « engagement » militaire de 20 ans dans l’Hindou Kouch, la République fédérale d’Allemagne a envoyé au combat un effectif total de 160 000 soldats, dont 1 100 très récemment. Et 59 soldats l’ont payé de leur vie. Depuis 2001, cette mission de la Bundeswehr a coûté plus de 12 milliards d’euros. Telles sont les déclarations du ministère fédéral des Affaires étrangères en réponse à une question du groupe parlementaire « Die Linke » au Bundestag. Même si l’on partait du principe que cette somme devrait en réalité être multipliée par deux, on n’aurait pas tout à fait tort. Car le gouvernement fédéral ne comptabilise pas toutes les dépenses. Malgré les pertes financières et en vies humaines, l’actuel ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas (SPD), estime que « tout cela n’a pas été fait en vain » et a annoncé la poursuite de l’engagement politique et financier allemand dans l’Hindou Kouch.

« Le processus de paix a besoin d’une nouvelle impulsion diplomatique », a déclaré M. Maas. Pour l’année en cours, la RFA s’est engagée à hauteur de 430 millions d’euros. Le même montant est prévu pour les années successives jusqu’en 2024. Mais le déblocage de ces fonds dépend de l’évolution du « processus de paix » entre les représentants de l’administration de Kaboul et les Talibans. La question de savoir si le gouvernement fédéral coopérerait également avec un gouvernement taliban ne semble pas avoir été clairement définie. Car « dès janvier [2021], les intentions américaines de former un gouvernement de transition pour l’Afghanistan incluant les Talibans avaient été rendues publiques ».

Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmoud Qureshi, a également fait preuve d’un optimisme prudent quant à la stratégie future des Talibans. Ils auraient « bien compris que l’Afghanistan a évolué. Et qu’ils vont devoir accepter ce changement ».

Comme les dirigeants talibans coordonnent toujours leur stratégie avec celle du gouvernement pakistanais, il se pourrait qu’en plus de leur force militaire, ils tiennent également compte de cette réalité.

L’alibi du droit des femmes 

En Afghanistan, les États-Unis, grande puissance impérialiste, ne se sont jamais souciés des droits des femmes ni des droits de l’homme, et encore moins de l’Afghanistan lui-même, mais uniquement de leurs intérêts stratégiques dans la région, de l’encerclement potentiel de la Fédération de Russie et du changement de régime en Iran.

Les États-Unis ont conçu toute la région de l’Hindou Kouch comme un porte-avions insubmersible à leur usage. Mais aujourd’hui, le contexte local a changé et, avec lui, les priorités de la stratégie américaine. Dans un avenir prévisible, la République populaire de Chine sera en mesure de rattraper les États-Unis, voire de les dépasser sur le plan économique, mais aussi militaire.

Fin 2017, la « stratégie de sécurité nationale » américaine a classé la République populaire de Chine parmi ses « rivaux stratégiques ». Aujourd’hui, sous la houlette du président Biden, les États-Unis vont également tenter d’encercler industriellement la République populaire de Chine et si ce n’est d’empêcher, du moins de retarder, l’accession de ce pays au rang de future puissance mondiale. L’ancien président américain Barack Obama et son vice-président Joe Biden avaient déjà appelé à un Siècle du Pacifique dirigé par les États-Unis en novembre 2011. Cette stratégie est clairement dirigée contre la République populaire de Chine.

Dans la ligne directrice de cet objectif, les États-Unis ont déjà noué des alliances militaires régionales avec le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines, la Thaïlande, Singapour, le Vietnam, la Malaisie, l’Indonésie et enfin l’Inde, qui est également une puissance nucléaire. Le conflit régional en mer de Chine méridionale, dont 80% de la surface font l’objet de revendications chinoises, étendues à certaines petites iles envahies et se trouvant actuellement sous occupation chinois. Sous prétexte « d’arguments historiques vieux de plus de deux mille ans », ce conflit pourrait être instrumentalisé par les États-Unis en vue du déclenchement d’un conflit élargi contre la Chine.

L’Afghanistan a donc pour l’instant été mis de côté. Les États-Unis veulent concentrer leurs forces sur le devenir de cette région géostratégique importante. C’est l’avènement d’un siècle asiatique. L’endroit où se jouera la suprématie mondiale se trouve dans la zone de l’océan Pacifique. Le retrait des forces armées stationnées en Afghanistan et dans les pays avoisinants a précisément pour but de construire un barrage contre les visées chinoises sur le Pacifique.

Bilan d’un désastre

Les vingt années de guerre des États-Unis et de l’OTAN en Afghanistan ont causé une véritable « dévastation ». « Oubliées, les hautes aspirations de jadis, c’est-à-dire l’espoir d’une stabilisation et la démocratisation du pays. Et pour la superpuissance, ce bilan gênant aura sans doute des répercussions : Il faut en outre y ajouter les décès d’au moins 100 000 civils afghans ».

Selon un reportage de la chaîne d’information TOLO-TV du 18 avril 2021, 160 000 personnes ont été tuées depuis 2001, selon les chiffres des gouvernements afghan et américain et des Nations unies. De plus, « 66 000 membres des forces de sécurité afghanes, quatre mille soldats internationaux et 80 000 islamistes » ont également été tués. Par ailleurs, en raison de la coopération et du soutien direct des pays de l’OTAN aux seigneurs de la guerre, la corruption, le népotisme, la fragmentation ethnique, la culture et le trafic de drogue, les démonstrations de pouvoir, voire les enlèvements (on a parlé d’une filière d’enlèvement aux ordres du maréchal Abdul Qasim Fahim, premier vice-président, sous la présidence d’Hamid Karzaï,lui-même imposé par les États-Unis) sont devenus monnaie courante. L’ensemble de l’appareil d’État, tant le pouvoir judiciaire que le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ainsi que les organes de sécurité, sont totalement gangrenés par le virus de la corruption. La prostitution imposée pour décrocher un poste est monnaie courante dans les hautes sphères. Les emplois se négocient comme des marchandises dans un bazar et plus l’emploi induit un fort potentiel de corruption, plus le prix à payer sera élevé. Les postes d’ambassadeurs sont ainsi accessibles pour un montant pouvant aller jusqu’à 40 000 USD.

Bien sûr, les filles sont scolarisées mais les diplômées ont beaucoup de mal à trouver un emploi. Il y a déjà longtemps que l’élite a transféré ses dollars dans les banques de Dubaï et se trouve à présent assise sur ses bagages bouclés, prête au départ. Ceux qui le peuvent quittent le pays. Ce sont les femmes qui ont le plus d’ennemis: le gouvernement, les seigneurs de guerre, les Talibans, mais aussi l’OTAN.

« Le risque est grand de voir les Talibans vouloir reprendre le pouvoir en Afghanistan après le retrait américain. Cela se traduit également par une montée de la violence dont les principales victimes seront parmi la population, les femmes et les jeunes filles. Les États-Unis portent une lourde responsabilité dans cette évolution. L’invasion d’il y a 20 ans était basée sur de fausses attentes. Par ailleurs, au cours de toutes ces années, il a été impossible de garantir la stabilité et de reconstruire le pays. Un Afghanistan stable et démocratique reste probablement une utopie », a déclaré le journal suédois Skånska Dagbladet.

Que va devenir l’Afghanistan ?

Dès le début de l’année 2021, les experts du groupe d’étude sur l’Afghanistan nommé par le Congrès américain avaient prévenu « qu’un retrait précipité conduirait à l’effondrement de l’Afghanistan ». Une telle « perspective est un désastre pour les États-Unis et leurs alliés à Berlin, Londres et Paris ». La date de retrait des troupes des États-Unis et de l’OTAN est désormais fixée. Quel intérêt les Talibans auraient-ils à négocier avec le camp de Kaboul ? Ils « n’ont plus qu’à attendre quelques mois avant de prendre Kaboul d’assaut ». C’est en cela que réside la preuve tangible de « l’échec de l’Occident dans cette guerre » de l’Hindou Kouch.

« On ne peut réellement envisager une prédiction scientifique que dans la mesure où on en connaît tous les paramètres ». Nous disposons de beaucoup d’informations, mais pas de tous les éléments sur la stratégie américaine en Afghanistan et dans sa périphérie. On peut néanmoins avancer les hypothèses suivantes :

1 – L’élite politique et militaire afghane pourrait prendre la fuite immédiatement après le retrait des unités de l’OTAN, préférant une vie tranquille et agréable en exil à l’implication dans une énième guerre avec les Talibans ; les Talibans seraient alors les seuls dirigeants du pays, comme ils l’ont été à partir de 1996.

2 – Dans l’hypothèse où le gouvernement américain réussirait à convaincre les Talibans de former un gouvernement de coalition avec l’administration de Kaboul, en leur soumettant diverses propositions financières ainsi que celles liées au développement, une transformation relativement douce – selon les normes afghanes, bien sûr – pourrait alors voir le jour.

3 – Si ce n’était pas le cas, cela conduirait très probablement à une guerre civile semblable à celle de 1992, ayant entrainé la destruction d’une grande partie de Kaboul et la mort de plus de 50 000 personnes.

4 – Après nous, le déluge. Les États-Unis ne semblent pas avoir de plan B pour l’Afghanistan ou ils n’en ont en tout cas révélé aucun jusqu’à présent. À mon avis, le recours à une unité des Nations unies, composée de Casques bleus issus des États non alignés et de l’Organisation des États islamiques, remplaçant les forces armées de l’OTAN, et qui, pour une fois, devrait être revêtue de pouvoirs étendus, serait absolument nécessaire pour assurer la paix pendant une phase transitoire jusqu’à une stabilisation de la situation intérieure afghane.

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