Encadrement des Lions A’

Compétence rime avec peau blanche

Au pays des Lions indomptables, un entraîneur local ne saurait être compétent, même s’il a obtenu ses diplômes dans l’hexagone. Telle est de toute évidence la conviction des autorités camerounaises pour qui leurs compatriotes ont des qualifications adéquates pour manager tout type de secteur, mais ne peuvent être patrons de l’équipe nationale de football masculin.

Par : Christian Djimadeu, journaliste

Au Cameroun, il est plus facile d’être ministre, député, sénateur, directeur général de sociétés, ingénieur, et même président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot), que d’être entraîneur des Lions indomptables de football. Le gouvernement et les dirigeants de la Fécafoot veulent convaincre l’opinion là-dessus par leurs actes. C’est que, plus de 50 ans après l’indépendance du pays, c’est le seul domaine pour lequel le recours à la peau blanche est (quasi) systématique.

Le recrutement d’un entraîneur pour la sélection fanion masculine est une affaire d’État. L’une des plus protocolaires et complexes au même titre qu’un remaniement ministériel. Le recrutement implique la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) qui reçoit les candidatures et fait des recommandations au ministre des Sports qui les achemine sur la table du président de la République. C’est en général lui ou ses proches collaborateurs qui ont le coup d’œil avisé, le doigté magique pour détecter le meilleur bonhomme aux cheveux longs correspondant le mieux à la crinière du Lion. Les avis émis par la fédération au moment de l’envoi des candidatures sont purement consultatifs, sans poids réel sur la décision finale. Se souvient-on encore des nominations de Martin Otto Pfister (2008), Paul Le Guen (2010) ou Volker Finke (2013), pour ne citer que ceux-là, qui n’étaient pas les choix de l’instance faitière du football camerounais, mais du politique. La preuve que ses suggestions peuvent se terminer dans la paperasse inutile de la présidence de la République.

Ainsi, au fil des années, les entraîneurs locaux ruminent leur colère. Ils sont de moins en moins nombreux à postuler. Conscients du handicap que constitue leur peau. Si sombre pour être appréciée de nos dirigeants.

Dans quelques milieux cossus de la capitale et dans des salons feutrés où se boit du champagne sous des sonorités de Beethoven, les griefs contre les entraîneurs locaux son nombreux. La verdict semble ne plus être susceptible de recours. A tort ou à raison, ils sont accuser de verser pêle-mêle dans le marchandage des places en équipes nationales, de ne pas être à même de contenir la pression de leurs proches, des hommes politiques ou d’affaires, et même des médias. Aucun entraîneur n’échappe à la sentence des décideurs. Conclusion fatale, seul l’étranger peut mieux gérer nos affaires.

Le salaire proposé à ces « sorciers blancs » se situe généralement au-delà des 20 millions de FCFA. Ce que n’a jamais perçu un local, même pas Jean Paul Akono qui a remporté la médaille d’or des Jeux Olympiques 2000 à Sydney avec les U23. Il est d’ailleurs le seul entraîneur camerounais qui a failli signer un contrat avec l’État du Cameroun et la fédération pour encadrer les séniors. C’était en 2012 sous l’ère d’Adoum Garoua ci-devant ministre des Sports. Celui-ci avait jugé trop élevées les prétentions salariales d’Akono qui exigeait 15 millions de FCFA le mois. Mais le ministre a préféré octroyé plus de 20 millions de FCFA au Français Denis Lavagne, à l’époque coach de Coton Sport de Garoua, un club du Nord Cameroun.

Si le poste d’entraîneur de l’équipe fanion est verrouillé pour les locaux, l’expertise camerounaise se contente des catégories inférieures des équipes nationales de football et de toutes sélections féminines. Toutefois, sans contrats, ni salaires. La plupart étant des professeurs d’éducation physique dans les lycées, ils vivent de leurs salaires de fonctionnaires en attendant les périodes de compétitions pour tirer avantage de leur statut d’entraineurs nationaux. Une situation inconfortable pour laquelle ils n’osent cependant exprimer leur ras-le-bol à leurs employeurs. Se contentant des primes et autres avantages des compétitions internationales.

A la différence de leurs collègues étrangers qui reçoivent des sommes mirobolantes sans imposition, les primes des locaux subissent le plus souvent un retranchement de 11% d’Impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPP).

La nomination le 20 septembre 2019 d’Antonio Conceiçao a une fois encore été perçue comme un poignard dans le dos des techniciens camerounais. Beaucoup espéraient la désignation de Patrick Mboma ou de Marius Omog, mais l’État et la fédération ont choisi «un illustre inconnu». En dehors de quelques indignations exprimées publiquement ça et là, le Syndicat camerounais des entraîneurs de football est resté taiseux. Un peu comme s’il est satisfait de la situation.

C’était mon penalty

christiandjimadeu@gmail.com

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