Bientôt une guerre civile aux États-Unis?: «les signes et la division sont là»

Bientôt une guerre civile aux États-Unis?: «les signes et la division sont là»

Une guerre civile pourrait-elle bientôt éclater aux États-Unis? Certains le pensent comme l’historien québécois Marc Simard, qui vient de publier un texte à ce sujet. Sputnik l’a rencontré. Mesurée et étayée, son analyse n’en est que plus inquiétante. Armes abondantes, divisions politiques, raciales et sociales forment un cocktail explosif.

Les États-Unis se dirigent-ils vers une nouvelle guerre civile? Environ 150 ans après la Guerre de Sécession (1861-1865), le pays serait-il à nouveau sur le point d’éclater? C’est une possibilité, selon des observateurs.

Dans un article publié récemment dans le quotidien américain The Sunday Times, le professeur d’histoire de l’Université Harvard, Niall Ferguson, défend cette hypothèse. Il estime que l’élection présidentielle de 2020 pourrait provoquer «la scission définitive de la société américaine». Cette fois, le pays ne serait pas divisé entre le Nord et le Sud, mais entre différents groupes antagonistes de la société américaine, répartis un peu partout sur le territoire.

L’historien québécois Marc Simard partage en bonne partie le point de vue de son collègue. M. Simard a enseigné l’histoire une quarantaine d’années au Collège François-Xavier Garneau, à Québec, et a publié plusieurs livres et manuels dans sa discipline. Il vient d’ailleurs de publier Entre les lignes (Éd. Les Coudées franches), un recueil de chroniques qui dresse le bilan de son parcours intellectuel.

Une hypothèse appuyée sur des faits

Dans un texte remarqué, publié dans le journal Le Devoir le 5 novembre dernier, Marc Simard explique pourquoi un «embrasement» des États-Unis est probable. Lors d’une entrevue accordée à Sputnik dans un restaurant de Québec, Marc Simard a pu davantage développer son point de vue. Il estime que les signes avant-coureurs d’une guerre civile américaine demeurent subtils, mais bien visibles.

Marc Simard rappelle d’abord que les guerres civiles sont des conflits qui n’éclatent pas du jour au lendemain. Dans l’histoire, rappelle-t-il, ces conflits démarrent très lentement, et très peu souvent par une déclaration de guerre officielle. Sans même s’en rendre compte, les Américains vivraient peut-être déjà les débuts d’un immense conflit fratricide. Un scénario qui a de quoi inquiéter…

«Il y a beaucoup de signes qui tendent vers ça [la guerre civile aux États-Unis], mais ça peut aussi bien ne jamais arriver. Ce n’est pas parce qu’il y a des signes que la guerre va éclater, mais les signes et la division sont là. Les Américains sont tellement divisés sur des questions comme l’avortement et les armes à feu qu’on peut en arriver à cette conclusion», a affirmé M. Simard en entrevue.

Marc Simard observe la montée de fortes tensions entre l’électorat républicain et démocrate. Plus que jamais, «ces deux camps se méprisent ouvertement», une attitude qu’auraient tous les deux adoptée Donald Trump et Hillary Clinton durant la dernière campagne présidentielle. Trump aurait peut-être été grossier, mais les propos méprisants de Mme Clinton sur l’électorat républicain auraient choqué une partie de l’opinion publique.

Cependant, des tensions raciales seraient derrière cet affrontement partisan. Les Républicains pourraient largement compter sur le vote des Américains blancs, alors que les Démocrates pourraient largement compter sur celui des Américains noirs et d’origine latino-américaine. Les Démocrates pourraient aussi compter sur un électorat blanc, mais plus éduqué, habitant les côtes et faisant partie des classes avantagées.

Des tensions politiques et raciales

Marc Simard observe également la montée d’un vaste mouvement anti-establishment qui remet en cause certains des grands fondements des États-Unis. Un phénomène que l’historien juge très préoccupant pour le maintien de la paix sociale. M. Simard croit même que la Constitution américaine ne ferait plus l’unanimité, signe d’un profond malaise dans la population.

«Pendant très longtemps, les Américains se divisaient sur beaucoup de choses. Mais s’il y a une chose sur laquelle ils restaient unis, c’était la Constitution, considérée comme sacrée. Maintenant, les Américains sont même divisés là-dessus, certains ayant même été jusqu’à remettre en cause la valeur et l’utilité de la Cour suprême. Donald Trump lui-même s’en est pris au FBI et à la Federal Reserve [la Banque centrale américaine, ndlr]. Ce sont les institutions mêmes des États-Unis qui sont attaquées, ce qui est loin d’être banal.»

Ce n’est pas tout. Le nombre d’armes à feu sur le territoire américain pourrait faciliter le déclenchement graduel des hostilités. Selon les chiffres de l’historien, il y aurait actuellement environ 300 millions d’armes à feu sur le territoire des États-Unis, alors que les Américains sont au total 315 millions. Des données qui font craindre le pire.

Les armes à feu, une passion américaine

Sur les 300 millions d’armes, il y aurait 106 millions de pistolets et 105 millions de fusils «variés» (pistolets mitrailleurs, fusils d’assaut, armes modifiées, etc.). «Ces armes ne sont pas faites pour la chasse», fait remarquer l’ancien enseignant. «Une guerre civile est impossible s’il n’y a pas d’armes en circulation, et sur ce point, les Américains sont très bien équipés pour réussir», a mentionné Marc Simard.

Le nombre élevé d’homicides annuel aurait contribué à banaliser la violence aux États-Unis. Les Américains se seraient tellement habitués à la violence qu’ils pourraient ne pas s’apercevoir qu’une guerre civile est en train de naître sous leurs yeux. Chaque année, environ 30 000 personnes meurent par balle aux États-Unis.

«La banalisation de la violence, c’est un des éléments qui donnent à penser qu’il pourrait y avoir une guerre civile. La mort est omniprésente aux États-Unis. Tellement qu’on ne s’émeut presque plus des tueries. Les médias se montrent de moins en moins intéressés par les fusillades, comme on l’a vu encore récemment, car il y en a juste trop», a précisé l’historien à Sputnik.

Enfin, Marc Simard croit que Donald Trump se voit comme un «homme fort providentiel» capable de sauver les États-Unis des «forces du mal». Cette attitude messianique contribuerait à jeter de l’huile sur le feu dans un contexte particulièrement tendu.

Jérôme Blanchet-Gravel

 

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